Les Poèmes de la Lune Rouge (XI)

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Travail en cours. La numérotation du chapitre est provisoire.

X

Jacob était passé chez lui se laver, se raser et se changer. Il ajouta une légère touche de parfum d'un doigt sous les oreilles et sur son cou. Le cœur serré, il entra dans le restaurant à sept heures précises. Oona était déjà là, installée à une table dans la pièce du fond, la plus calme. Elle avait posé son sac à main sur la banquette à côté d'elle. Ils s'embrassèrent avec passion, en se disant de nombreuses fois qu'ils s'aimaient, avant que Jacob ne s'assît sur la chaise lui faisant face. Ils se sourirent, la main dans la main, jouissant de la douceur de cette communication silencieuse pendant de longues secondes.

Oona fut la première à parler. Elle lui annonça qu'elle avait rompu l'avant-veille avec Liam. Elle n'avait guère plus à dire, c'était quelque chose qui lui appartenait, et ne regardait pas, ou peu, Jacob. Il resta un moment silencieux, puis il prit gentiment acte du fait, sans en faire trop. Toute rupture est un crève-cœur autant qu'un soulagement.

Après quelques instants, il lui demanda comment elle allait. Pas trop mal, le rassura-t-elle, elle se sentait surtout libérée d'un poids; ce ne serait peut-être pas facile au début, mais elle savait qu'elle l'avait, lui, lui qu'elle aimait! Jacob répondit qu'il était là pour elle, qu'elle pouvait compter sur lui. Il ne sut qu'ajouter, sinon lui redire son amour.

Oona se rendit compte de la gêne de Jacob. Elle prit l'initiative.

- Bon! Réjouissons-nous, mon Jacob, c'est la fête! On ne va pas se laisser abattre!

- Non, bien sûr, mon Oona, fêtons cela! Qu'est-ce qui te tente? dit-il en désignant la carte.

- Je crois que je prendrai volontiers des penne all'arrabbiata, elles sont excellentes ici!

- Pas de message caché? répondit Jacob, qui tentait un peu d'humour. Mais, en voyant son air étonné, il replongea le nez dans la carte.

- Et bien moi, je crois que je vais craquer pour les spaghettis alla napoletana, une valeur sûre!

Le garçon, qui avait, comme tous les garçons, un sixième sens, arriva juste à ce moment. Il prit la commande. Ils choisirent d'arroser leur repas avec un pichet du chianti maison, un vin fort correct.

Oona félicita son compagnon sur son parfum et sur le charme de sa personne! Jacob lui rendit la pareille, en insistant sur son élégance. C'était évident, elle s'était faite jolie. Il en fut très touché. Il enchaîna la discussion sur Liam, en pensant que cela pouvait l'aider à entamer son travail de deuil. Plus égoïstement, il voulait aussi connaître son "prédécesseur". Alors que Oona restait silencieuse, il n'était plus sûr que ce fût la chose à faire, et craignit d'avoir commis une bévue.

Mais il ne commit aucune bévue. Sa compagne n'eut pas de peine à parler de son désormais ex. Il était irlandais, comme elle, ils s'étaient connus au collège Calvin, et ne s'étaient plus quittés depuis, sauf quelques fâcheries. Liam était un passionné d'occultisme, terrain sur lequel Oona n'avait pas de peine à le suivre. Aleister Crowley, René Guénon et Madame Blawatsky, pour ne citer que ces trois-là, n'avaient plus de secrets pour eux. Enfin, façon de parler! Sauf qu'à partir d'un moment donné, l'occultisme prit de plus en plus de place dans la vie de Liam, devenant une obsession presque exclusive. Elle ne put se l'expliquer, mais elle était certaine que cela commença avec la rencontre d'un occultiste bulgare. Oona avait vu cet homme une seule fois, Liam l'avait invité chez eux, et elle ne l'avait absolument pas aimé; elle lui avait trouvé un je ne sais quoi de, oui, de malsain.

Ce fut à partir de là que Liam se mit à la délaisser. Elle en avait aussi assez de l'occultisme. D'abord sa mère, autre passionnée par qui elle avait été initiée, maintenant Liam, cela l'étouffait. Elle voulait passer à autre chose! Elle se concentra sur ses études d'histoire et de français, et prit un job de serveuse dans un bistrot carougeois. Elle ne voulait plus dépendre de Liam qui avait, de par sa famille, des moyens à peu près illimités!

Puis, après quelques mois, elle renforça son indépendance en quittant l'appartement commun et en allant s'installer dans un deux pièces, seule. Ce fut à ce moment-là que Jacob franchit la porte du Café du Cercle. Elle fut éblouie par son apparition, avoua-t-elle, au point de louer le Ciel et tous les Saints! Jacob répondit aussitôt que l'éblouissement fut réciproque. Je sais, renchérit-elle!

Mais assez parlé de moi, dit Oona. Nous devons maintenant aborder le mystérieux sujet Jacob! Ils avaient finit depuis longtemps leurs pâtes et leur vin. Ils commandèrent deux espressos. Oona proposa à Jacob d'aller continuer la conversation chez elle, devant un petit verre, s'il était d'accord. Bien sûr qu'il était d'accord! Ils payèrent, se levèrent et sortirent du restaurant. La nuit était fraîche et la lune, brillante et presque pleine, éclairait le ciel. Ils se prirent la main...

Jacques Davier (Septembre 2020)

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Commentaires

  • Lorsqu'ils commencèrent à sortir ensemble, Jacob et Oona adoraient danser sur "Solid Rock" de Dire Straits! Ils faisaient l'admiration de leurs amis et même des inconnus, se déchaînant particulièrement sur le finale en criant "solid rock" comme des fous... Parfois, ils enchaînaient avec "Expresso Love", en jouant de l'air guitar, pour rire :

    - https://www.youtube.com/watch?v=UjZD1slgqA0
    - https://www.youtube.com/watch?v=5kH-qESjZmQ

    Ils étaient non seulement la joie de vivre, ils étaient la vie même, heureuse de son être et bientôt prête à se reproduire! Ils étaient l'antithèse des éteignoirs de gauche ou verts, tristes, pliant sous un poids trop lourd de culpabilité mal comprise, renfermés et usés par leur morale et leur souci de s'effacer au profit de Gaïa, incapables de rire, de ressentir, d'aimer, et, in fine, de vivre, et voués à la mort et à la disparition dans le nul.

    Ils étaient le soleil et la terre, la lune et tous les astres, ils tutoyaient les dieux car ils en étaient eux-mêmes, voués à la vie éternelle et à l'amour infini... Ils étaient les cavaliers de l'Apocalypse fondant sur les aigris et les haineux de tous poils qui pullulaient dans ce monde, leur promettant de griller infiniment en Enfer, ils étaient l'aigle qui vole haut dans le ciel, ils étaient la Vie souriante et victorieuse du Mal... Ils étaient l'arme fatale de l'Amour contre la Mort. Personne ne pouvait rien contre eux. Il étaient les Elus!

  • «Espresso Love» était le deuxième morceau joué lors du concert à la Patinoire des Vernets, le 21 juin 1981. Je n'y étais pas avec Oona, mais avec la première Mme Rabbit.

  • Quelle chance! Je n'y étais pas, mais, en revanche, j'étais au concert de Genesis au Stade des Charmilles, le 3 septembre 1982! Nous étions toute une équipe dans les tribunes, j'en garde un excellent souvenir!

  • Genesis (avec Peter Gabriel) était à Lausanne le 29 septembre 1973. En février de la même année, nous avons vu Jethro Tull à Zurich.

  • Il faudrait faire une histoire des concerts rock, pop et jazz en Suisse, comme cela a été fait pour l'Italie! J'ai le livre, plus de 1000 pages, une mine!

  • Concert des Stones le 11 août 2007 à Lausanne: il suffisait d'ouvrir les fenêtres pour l'entendre. Ce qui est moins évident dans une ville de 24 millions d'habitants.

  • Ah, les Stones ! Jamais vus live, mais j'ai toujours en mémoire, et en DVD, le film Gimme Shelter sur la tournée 1969 ! Je reviens régulièrement à la compil Hot Rocks... Après, m'est avis, c'est devenu nettement plus trash (tournée US 1972) ... Même si Exile est un chef d’œuvre !

    Ce film est un classique, comme celui de Hendrix à l'Ile de Wight en 1970 !

    J'ai vu Dylan à Montreux 90, Leysin 92 et Zurich 91 ! Le meilleur concert, c'était Montreux ! Et Ringo Starr and his all Starr band, avec Joe Walsh, Tim Smith, Burton Cummings, Nils Lofgren, aussi à Montreux, en 92... Les deux concerts avec ma compagne de l'époque.

    Une histoire des concerts suisses devrait se baser sur les bases de données des organisateurs, sur la presse, et sur les souvenirs du public, comme vous et moi !

  • Davantage que les festivals folk de Newport (1950 et 1962) et de Monterey (1963), je pense que la mère de tous les festivals pop-rock aura été le Monterey 67. Programme : Jefferson Airplane, Grateful Dead, The Mama & The Papas, Eric Burdon & The Animals, Jimi Hendrix, The Who, Ravi Shankar, Big Brother & Janis Joplin, Otis Redding. Un beau brassage de psychédélisme californien, d'acid et de blues rock, ainsi que de rythm and blues. Bref, la sève montante de ma génération.

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