Les Poèmes de la Lune Rouge (VI)

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Travail en cours. La numérotation du chapitre est provisoire.

XVIII

Jacob avait cessé de compter, il ne savait pas combien de raclettes ils avaient ingurgitées! Pour le blanc du patron, un fendant des plus corrects, on en était à un certain nombre de décis, dirons-nous, lorsqu'il s'entendit en commander encore trois, alors que Oona éclatait de rire! Sous la table, elle chatouillait sa cheville de la pointe de ses ugg boots. Jacob appréciait ce traitement, ce qui le poussa, petit coquin, à faire santé avec sa petite coquine!

Il connaissait bien Hans, le patron du Pont, depuis le temps, et ce dernier vint s'asseoir à leur table. Il leur narra les derniers événements relatifs à Zermatt, et donna quelques précisions sur la mort violente, peut-être le meurtre, dont tout le village parlait. Un employé des remontées mécaniques avait retrouvé, trois jours auparavant, alors qu'il était en train de parquer les télésièges, un corps de femme couché sur la banquette du véhicule numéro trente-trois, froid comme un glaçon, la cervelle éclatée d'une balle, dévêtu et nu jusqu'à la taille. Une particularité avait été gardée secrète par les enquêteurs, à savoir que le torse et les bras de la victime étaient recouverts de dessins de croissants de lune rouges. Cela fit sursauter Jacob, qui, plongé dans ses pensées, n'entendit plus la suite du discours du patron. Pourquoi le télésiège trente-trois? Était-ce un hasard?

Ce fut Oona qui le tira de ses rêveries, en lui donnant un gentil coup de pied! Hans était parti vaquer à ses occupations, et elle avait déjà commandé les cafés. Voulait-il un pousse-café, williamine ou autre? Non merci, répondit-il dans un sourire. Il proposa à Oona d'aller finir la soirée, pousse-café compris, ailleurs. Et il suggéra le Z'alt Hischi, dans l'Hinterdorf. Oona accepta sans hésiter, car elle adorait ce petit bar local sans prétention mai ô combien accueillant!

Ils étaient en train de boire leur Eierlikörkaffee, la spécialité maison, lorsque Jacob, n'y tenant plus, se mit à raconter à Oona l'histoire de sa découverte du manuscrit du carton et de son étonnant "cahier des charges pour la lune rouge", sans oublier le très vengeur poème qui semblait issu d'un ensemble intitulé, lui aussi, Poèmes de la Lune Rouge. Mais il lui cacha les noms des personnages. Une chose à la fois! Oona écouta avec attention, fortement intéressée par ce récit. Elle posa plusieurs questions au sujet du manuscrit, dont le lien avec la morte zermattoise lui semblait, à la différence de Jacob, très hypothétique, quoique possible, bien sûr.

Sur le chemin du retour, elle lui raconta qu'une légende irlandaise, qu'elle tenait de sa mère, prétendait que des moines, en pleine évangélisation chrétienne au Haut Moyen Age, avaient écrit en cachette un recueil de poèmes magiques voués à assurer la pérennité de la religion celtique des druides, les fameux poèmes de la lune rouge. Ces écrits, restés occultes, auraient traversé les siècles jusqu'à nos jours, protégés par, et protégeant les faux moines mais vrais druides qui en avaient la garde. Certains affirment que le recueil n'aurait cessé d'être alimenté depuis lors, et qu'il le serait même encore de nos jours!

A peine arrivés au chalet, Oona se débarrassa en un tournemain de son anorak et de ses boots, plaça dans le lecteur un CD de Michael Jackson, lança la lecture de "Billie Jean", et se mit à danser gracieusement dans le salon en faisant un clin d’œil appuyé à Jacob! Il la rejoignit, non sans lui avoir répondu, lui aussi, d'un clin d’œil polisson. Les deux amoureux, émules du roi de la pop, dansèrent comme des maîtres incontestés du dancefloor, jusqu'à ce que la fatigue les rattrapât, et qu'ils décidassent, épuisés mais heureux, d'aller au lit!

Jacques Davier (Août 2020)

 

Commentaires

  • Est-ce Jacob qui a eu l'idée de projeter une image du drapeau chinois sur le Cervin ? Dites-lui que cette aimable attention a été accueillie très favorablement à l'autre bout du continent.

  • Non, Jacob n'est pas tout-puissant! L'idée en revient à l'Office du tourisme de Zermatt, et d'ailleurs les pays et cantons représentés sont quelques dizaines... Jacob désapprouve totalement ce genre de coup médiatico-touristique. Cela est cent pour cent artificiel et prive le Cervin de sa majesté! Laissons cette montagne en paix, et admirons-la avec ses atours naturels! Stop à la marchandisation et à la réification de la nature!

  • Jacob écoute en boucle divers disques de Michael Jackson. Ce type était un authentique génie musical! Qui peut se targuer d'avoir à son tableau de chasse des duos à la fois avec Paul McCartney (Beatles) et Mick Jagger (Rolling Stones)?

  • Nous vivons dans un monde tellement comique et pourri qu'on peut trouver des pubs pour une méthode garantissant d'apprendre quatre langues en deux mois! Et bien, moi, je fais bien mieux, je viens d'inventer il y a une minute une méthode permettant d'apprendre septante-sept milliards de langues en une demi-seconde! Qui dit mieux?

  • S'il y a du blé à se faire, je m'occupe volontiers de sa commercialisation. Vous organisez aussi des stages linguistiques sur les autres galaxies ?

  • Toutes les galaxies sont les bienvenues!

  • M'est d'avis que cette effrontée d'Oona en sait plus qu'elle ne dit. De plus le chiffre 33 est très manifeste.

    Bonne nuit.

  • Qui sait, qui sait, dame Frieda!

  • La crise du coronavirus est difficile du point de vue sanitaire, certes, mais aussi du point de vue économique. En Suisse, le chômage partiel atteint des niveaux jamais vus, le marché du travail est à la peine, la plus grande récession depuis cinquante ans pointe le bout de son nez : baisse du PIB de 5-6%, augmentation du chômage avec 50'000 chômeurs en plus, faillites en nombre, licenciements en veux-tu en-voilà! Liste récente des licenciements : Bücherer, 220 licenciements, Hôtel Xtra, Zürich, 9 personnes, Ringier, 35 personnes, Landi-Seigner, 800 employés, etc (Source : Les Observateurs). Additionnez ces chiffres, et cela fait autant de personnes qui souffrent.

    Et encore, on ne parle même pas de la pauvreté structurelle, qui donc date d'avant le coronavirus, et qui touche nos retraités et nos anciens, que d'ailleurs certains milieux de la santé préconisent d'euthanasier pour de tristes raisons financières (coût des traitements), je le rappelle.

    Or, bonne nouvelle, une Commission des Etats vient de voter une somme de 11,25 milliards sur quatre ans pour venir en aide aux problèmes des Suisses, génial, n'est-ce pas?

    Si c'était vrai, ce serait génial, mais très surprenant, tellement on est habitué à voir les élus Bernois laisser tomber les Suisses et les enfoncer encore plus dans leurs problèmes, bref les trahir.

    Et, en effet, ce vote ne fait pas exception, puisque ces milliards ont été débloqués pour la coopération internationale, à savoir pour venir en aide non à notre pays, mais à des pays étrangers, et les Suisses n'ont plus qu'à se démerder! Quelle honte! Quelle chienlit!

    Cela n'aura qu'une conséquence positive, à savoir pousser les Suisses à voter en masse pour l'UDC et son initiative. Marre de ces élus hors-sol qui n'ont de cesse de se comporter envers leurs électeurs comme des Judas au petit pied... Virons-les aux prochaines élections!

  • Henry David Thoreau, « La Désobéissance civile », 1849.

  • Il me reste encore à lire Walden, qui est depuis longtemps sur ma table de chevet. Ensuite je passerai à celui-ci!

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