Corona Blog (II)

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Que se passe-t-il pour un blogueur confiné à Genève en pleine crise du coronavirus?

A part commencer à tourner en rond dans mon appartement? Surfer sur le web, mais cela a aussi ses limites. L'occupation la plus intéressante est la lecture, et là, je l'ai déjà dit, je ne manque pas de "munitions"!

La (re)découverte de Nietzsche restera liée, pour moi, à ce coronavirus, qui pourrait bien, d'une certaine façon, être "nietzschéen"... Bon, sérieusement, outre qu'être un grand philosophe, Nietzsche est également un immense poète. Qu'on pense à son Zarathoustra, aux poèmes disséminés dans ses recueils d'aphorismes philosophiques, à ses Dithyrambes pour Dionysos. Trêve de discours, je m'y replonge! Au programme, Humain, trop humain. Un titre qui me semble approprié!

Hier, ayant une course à faire, je suis exceptionnellement sorti de chez moi. Et là, quelle ne fut pas ma surprise de voir au moins trois groupes de personnes agglutinées, dans un parc, au bord du trottoir et à une table de bistrot laissée là par un établissement qui, comme il se doit, a fermé ses portes, groupes en pleine discussion, l'un d'entre eux avec des pacs de bière! Le plus inquiétant, c'est que cela doit certainement se produire un peu partout, l'homme étant ce qu'il est...

C'est sûr qu'avec une telle indiscipline, la crise n'est pas près de se régler rapidement!

Pour finir, quelques considérations sur le néolibéralisme. Souvenez-vous des récentes discussions, à gauche et à droite, de ci, de là, sur les coûts de la santé, sur les fermetures d'hôpitaux, sur les suppressions de lits dans les hôpitaux "épargnés", sur le trop grand nombre de médecins, sur les patients priés de s'abstenir d'aller consulter pour ne pas trop "coûter", tout cela dans le but de fignoler de jolis petits budgets et de présenter des comptes bien proprets, dans le noir comme il se doit... ainsi que de garantir des réserves d'assurances convenablement remplies. En ce qui concerne la santé, peut-il décemment y avoir un "trop"? Je pense que, de nos jours, on ferait bien de commencer à considérer les choses différemment! Et je ne dois pas être le seul. Les plaisanteries néolibérales, ça suffit!

Addendum en toute vitesse! En ce qui concerne les élections du 5 avril, à ce jour, nous avons un taux de participation dérisoire de 7%! Mais on nous parle d'une masse de bulletins soi disant non encore comptabilisés. C'est quoi, ce binz? Soit les bulletins sont arrivés au Service des votations, et ils sont décomptés, sinon le Service n'aurait pas communiqué, soit ils n'y sont pas arrivés, et ils ne sont pas décomptés! Non, une seule chose à faire pour garder la tête haute, annulons illico cette pantalonnade! Genève se ridiculise, s'il en était encore besoin... Avec en plus la fermeture des locaux de vote dimanche, on aura un taux d'abstention maousse, du jamais vu! Les élus sortis de ces urnes n'auront aucune légitimité... Ce seront des élus Corona, surtout ceux de gauche, moi j'dis!

Allez, on s'encourage, avec un petit Toto, pour la route : Hold The Line. Un des grands riffs du rock, en 1978!

Et on se quitte en se la jouant Paléo, Oh Yeah!

Suite au prochain épisode.

 

Commentaires

  • Bonsoir Jacques,

    Suggestion au maître de céans (plus sympa que de vous traiter de taulier !) : je relisais l’autre jour, poussé sur un billet précédent par la citation de Lady Frieda (« Le Flacon »), quelques unes des « Fleurs du Mal ». Dans la foulée, j’ai poursuivi dans le même volume sur le « Spleen de Paris », les petits poèmes en prose que je connaissais mal, une cinquantaine, parus séparément dans différents journaux du vivant de Baudelaire, réunis et publiés en œuvre posthume sous ce titre, un peu éclipsés par l’œuvre versifiée.

    Notre poète pourtant en était assez fier, qui écrivait : « En somme, c'est encore les « Fleurs du Mal », mais avec beaucoup plus de liberté et de détail, et de raillerie ». De la raillerie, du cynisme, il y en a certes, ces « bagatelles laborieuses » pour reprendre son expression n’ont souvent rien du politiquement correct qui nécrose la pensée contemporaine. Il y aurait là de quoi faire son miel pour un blog tel que le vôtre…

    Effectivement, on retrouve un Baudelaire qui promène dans les rues de Paris son dandysme désabusé, souvent même désespéré, avec des éclairs de lyrisme ou d’empathie parfois – la tendresse non, faut pas trop lui en demander… (Le Jouet du Pauvre, Les Yeux des Pauvres), un regard cruel (Le Désespoir de la Vieille), sans concession surtout sur la société qui l’a moqué et qu’il vomit, très « albatros avec ses ailes de géant », manifestant un humour grinçant (Assommons les Pauvres, Le Mauvais Vitrier – magnifique : le malheureux n’a pas de vitres de couleur qui fassent voir la vie en beau !) ; ou insistant sur l’impossible chimère fusionnelle de deux cœurs amoureux, de deux âmes sœurs rarement au diapason (La Soupe et les Nuages), un leitmotiv chez lui.

    Marchand de rêves, toujours en quête du sublime et s’achoppant au ridicule des situations observées, des scènes de la vie de ses contemporains. Imaginons ce qu’il pourrait écrire maintenant à propos de nos confinés pandémiquement corrects…Et puis admirons le style… Nos prosateurs et les marchands de tankas peuvent aller se rhabiller.

    Lady Frieda@

    Merci pour le clip de Satchmo. Encore qu’enregistré à la fin de sa vie, le pauvre fait peine à voir : amaigri, le visage émacié, il n’a pas l’air de péter la santé, tenant dans sa main gauche sa trompette qu’il se garde bien d’emboucher. Sic transit gloria mundi.

  • Messire Gislebert, c'est avec bonheur que vous vous faites l'avocat du grand Baudelaire! J'ai plusieurs éditions de ses recueils, mais celles auxquelles je tiens le plus sont les éditions des "Fleurs du mal", des "Petits poèmes en prose" et des "Paradis artificiels" dans la série des Classiques du Livre de Poche, plastifiés par mes soins, que je trimbale avec moi depuis le Collège! Je tâcherai de faire quelques chose sur lui, notamment sur ses "Petits poèmes..." ou "Spleen de Paris"! Bien à vous!

  • Bonsoir,

    Les nocturnes ;)

    C'est qu'il va nous rendre insomniaque ce virus. ;)

    Vous avez plus l'air plus dyonisiaque qu'appollinien Messire Jacques, on le reconnait tout de suite à la barbe, et à vos odes aux vins et aux tavernes, manque plus que les grappes de raisins aux oreilles et c'est tout vous :
    https://images.app.goo.gl/rH8wceuJ3wsPYSt2A

    Par ailleurs, m'est d'avis, qu'ils feraient bien de faire des descentes dans les caves, il se pourrait bien qu'il y ait des réunions de tupperware en tout illégalité, les alcaponettes sont capables de tout, échange illicite de recettes de cuisine ou même de dentelles et tricots, des concours interdits du meilleur muffin et popcake, belotte, bridge, loto et tutti quanti.

    @Messire Gislebert, je vous en prie, vrai qu'il a l'air affaibli, mais son sourire est toujours communicatif et beau, il en est encore plus admirable.


    https://youtu.be/M0LR1Rw0W4c

  • Dame Frieda, vous avez raison! J'aime bien la statue, et j'adore le raisin! Merci, et bien à vous!

  • Le Spleen de Paris, du roboratif en pack de cinquante, comme les cartouches.

    Du 10ème "A une heure du matin "...les barricades qui me séparent actuellement du monde...

    au merveilleux 33ème poème "Enivrez-vous" , version Reggiani...

    https://www.youtube.com/watch?v=456Ouhx0AfM

    De la beauté à domicile.

  • Merci Maître Jacques,

    Je me permets d'ajouter une modeste contribution au spleen ambiant, sous la forme de mon poème préféré d'un de mes poètes favoris, à savoir "The Lords of Pain" de ce si cher George Sterling, très illustre écrivain, renommé en son temps, mais désormais presque tombé dans l'oubli. Il fut le meilleur ami de Jack London qu’il appelait “Wolf” et un proche d'Ambrose Bierce.

    J'aime tout particulièrement le premier vers tant il est vrai que "les Seigneurs de la douleur sont plus puissants la nuit". Par cette expression l’auteur décrit ici nos peurs, nos angoisses, nos soucis, et surtout nos peines qui, tels des “Seigneurs de la douleur”, viennent nous torturer et nous tourmenter encore davantage une fois le soleil couché jusqu’au répit que nous apporte la lumière tardive de l’aube. Le 5ème vers:

    “A thro’ the hour’s intolerable flight”

    rappelle tellement ce si célèbre vers de Monsieur de Lamartine:

    “Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
    Suspendez votre cours !”

    Et que dire de ce merveilleux dernier vers où la Musique mène au Sommeil et le Sommeil à la Mort?

    Encore un détail d’importance capitale pour la compréhension: dans ce texte le mot “clay” (“argile”) fait référence de manière poétique à la chair dont est fait le corps humain, mais vous l’auriez compris sans mon commentaire.

    Mais je m’égare. Lisez et appréciez ce que je considère comme un véritable bijou:

    THE LORDS OF PAIN
    by George Sterling

    The Lords of Pain are mightier by night:
    Swiftly, as darkness closed the dreary day
    They marshalled whose inimical array
    I saw not, conscious only of their might,
    As thro' the hours' intolerable flight
    And swoon recurrent of the spirit, they
    Wrought grievously their will upon the clay,
    Till respite of the dawn's delaying light.

    Not thus, O Life! would I depart from thee
    Relinquishing at Agony's command
    The lights and shadows of thine empery;
    But so put by the guerdon of the breath
    As one grown weary in a twilight land,
    Whom Music leads to Sleep, and Sleep to Death.

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