Orient Express

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A l'heure où tout Genève s'extasie devant le CEVA, qui n'est au fond qu'un ridicule tortillard de banlieue, pas même un RER, je parle, moi, du seul Vrai Train, qui n'est réel que dans le souvenir, le rêve et l'imaginaire! Ce train-là, avec T majuscule, est celui que je prends tous les jours... et qui m'emmène à travers des mondes et des paysages inouïs, des latitudes et des longitudes mystérieuses et inconnues!

Car ce n'est en tout cas pas un train Saint-Maurice-Annemasse (c'est un gag, au fait?) qui me fera rêver! Là, pour l'imaginaire, on repassera!

"Réel est éphémère, éternel est le Rêve", écrit le poète oulipien Olivier Salon, dans S'exercer. Et je suis son féal.

[Ce poème est une republication]

Partir dans un wagon bleu nuit

Se perdre aux sons de mille orients

Fuir les grisailles de l’ennui

Pour arpenter maints cieux riants

 

Quand siffle la locomotive

On sent les sauvages désirs

Violents de fulgurance vive

Maîtres des rages et des ires

 

Avec elle se mettre en branles

On réintègre son wagon

Que déjà des spasmes ébranlent

 

Alors on revoit le lagon

Au bord duquel on lut sa lettre

Laissant divaguer son mal-être...

 

Jacques Davier (Juin 2019)

Commentaires

  • Je vous propose une autre poésie en musique qui parle de ce train avec un grand T. Le texte est de Carolyn Askar.
    https://mx3.ch/t/4kG

  • Merci pour la chanson! Je ne vous connaissais pas ce talent!

  • Vous gagneriez sûrement une place à" Voice" .... Ils ne privilégient pas les grandes belles voix....... Mais celles qui sortent des sentiers battus comme la vôtre!

    Une concurrence à Hommelibre! :)))))))

  • Deux citations d’abord pour bien cadrer cette modeste critique :

    Jules Renard d'abord « Le train, l'automobile du pauvre. Il ne lui manque que de pouvoir aller partout ».

    Jacques Prévert ensuite : « Le Temps nous égare. Le Temps nous étreint. Le Temps nous est gare. Le Temps nous est train ».

    Presque christique, votre poème de ce jour, tendance Agatha précisons. On s’attend à participer à une murder party avec Poirot et Cie, et puis non, voilà qu’on dérape en plein songe érotomaniaque. Vos aveux laissent pantois, à peine la loco se met-elle en branle que c’est votre tour d’être saisi d’un fulgurant désir (je cite). On vous savait amoureux des quais de la gare de Cornavin, vous nous apprenez maintenant que vous êtes atteint, comme on dit chez les psys à la page, de trainophilie ! Est-ce la fréquentation chronique du Genève-la Plaine, le train des cépages, qui est à l’origine du syndrome ?

    Nous savons tous qu’il s’en passe de chaudes et belles dans les compartiments, suffit d’interroger les contrôleurs des trains de nuit, mais vous, tant est grande l’impérieuse nécessité de calmer votre crampe, cela vous prend sans attendre avant même de réintégrer votre wagon dès que vous entendez le sifflet du chef de gare (au fait, que devient sa femme ?)…

    Remarquez, je raille, mais j’admire au fond que vous demeuriez si fidèle à la mémoire d’Apollinaire qui écrivait : « Crains qu’un jour un train ne t’émeuve plus » (La Victoire)

    Pour la balance, n’oubliez quand même pas Desproges, ce grand philosophe disparu trop tôt :

    « Vous pouvez railler, mais n'oubliez jamais qu'un jour ou l'autre, c'est celui qui raille qui l'a dans le train ».

    Bonjour chez vous.

  • Merci, Gislebert, pour ce commentaire et pour ces références, notamment la grand Apollinaire! Les désirs sont nombreux et divers, venant de l'absence, et se mêlent à la colère, pour faire place, une fois le train parti, à la tristesse et à la nostalgie qui se dégagent des souvenirs et des paysages qui défilent...

    Le train de La Plaine est bien sûr ma référence, et je le considère comme étant infiniment supérieur au CEVA, car réellement genevois! Même si la ligne fut à l'origine une ligne du PLM.

  • Le temps des rails ;)

  • "Nous savons tous qu’il s’en passe de chaudes et belles dans les compartiments, suffit d’interroger les contrôleurs des trains de nuit, mais vous, tant est grande l’impérieuse nécessité de calmer votre crampe, cela vous prend sans attendre avant même de réintégrer votre wagon dès que vous entendez le sifflet du chef de gare (au fait, que devient sa femme ?)… "

    Très poétique .... LOL :)))))))))))

  • "Quand siffle la locomotive

    On sent les sauvages désirs

    Violents de fulgurance vive

    Maîtres des rages et des ires

    MDR DRR! Je comprends mieux le commentaire de Gislebert....

    Ce n'est plus de l'amour mais de la rage :))))))))

  • Superbe sonnet Maître Jacques!

    Rien que la wagon bleu nuit du premier vers nous fait déjà rêver. Promettez-moi de m'y réserver une place à vos côtés lors de votre prochain voyage. L'Orient et ses écrits mystérieux, de même que les pays du rêve je les connais bien et je pourrais en parler des heures durant.

    Pour le plaisir et pour vous faire sourire, voici un recueil de 16 histoires (que j'avoue ne pas avoir encore lues) qui se passent dans l'Orient Express, mais cette fois le grand Cthulhu et ses minions sont à l'oeuvre:

    https://www.amazon.com/Madness-Orient-Express-Lovecraftian-Unforgettable/dp/1568823991

  • Merci Arthur, les rêves d'Orient nous prennent tous, à un moment ou à un autre! Le Grand Cthulhu dans l'Orient Express, voilà qui est original, pour le moins! Bien à vous

  • Après la transe et le grand branle déclenchés par le coup de sifflet de la loco, voilà le grand CutCul et ses mignons qui débarquent… Cela devient quoi, Maître Jacques, votre blog ?
    Carrément abscons, pour rester châtié, on patauge dans les lovelacités… Help Lady Frieda, vous qu’êtes une experte, débriefez-moi, éclairez mon luminion (orthographe arthurienne certifiée)

  • "orthographe arthurienne certifiée"

    Je le sais bien Messire Gislebert: je me suis rendu compte après coup que j'ai écrit "minions" en anglais plutôt qu'en français, mais vous me pardonnerez bien cet écart quand vous saurez que dans la vie je passe beaucoup plus de temps à écrire dans la langue de Shakespeare que dans celle de Molière. C'est d'ailleurs presque seulement sur ce blog que j'ai l'occasion d'écrire dans cette dernière.

    Pour ce qui est du grand Cthulhu, voici de quoi vous éclairer:

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Cthulhu

    et aussi "the Mythos":

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Mythe_de_Cthulhu

    Et voici la présentation du livre en question dont les histoires se passent dans l'Orient Express. La dernière phrase est claire "murder will be the least of your problems on this trip aboard the Orient Express!"

    Madness on the Orient Express: 16 LOVECRAFTIAN TALES FROM AN UNFORGETTABLE JOURNEY

    Trains embody the promise and peril of technological advance. They unlock opportunities for wealth and travel, but also create incredible chaos--uprooting populations and blighting landscapes. Work on or around the rails leads to unwelcome discoveries and, in light of the Mythos, dire implications in the spread of the rail system as a whole.

    A certain path to uncovering unwelcome truths about the universe is to venture beyond our own "placid island of ignorance" and encounter foreign cultures. The Orient Express serves as the perfect vehicle for such excursions, designed as a bridge between West and East. Movement into mystery forms the central action for many stories in this volume. The only limitation placed upon writers for this collection was that their works somehow involve the Orient Express and the Mythos.

    The last warning whistle has blown, and we are getting underway. Have your tickets at the ready and settle in for a journey across unexpected landscapes to a destination that--well, we'll just let you see for yourself when you arrive. We promise this though: murder will be the least of your problems on this trip aboard the Orient Express!

  • Poème loco.
    Mythique et magique, l' Orient Express, serpentin bleu nuit parsemé d'étoiles d'or, son souffle est mystérieux, fait rêver même les vaches dans les prés.

  • Chère Frieda, "poème loco", j'aime beaucoup! Et le serpentin bleu nuit... également! Bien à vous!

  • Il faut acheter le livre pour les lire!

  • @Frieda

    Les vaches dans les prés Lady Frieda ? Y a belle lunette ainsi que le disent les ophtalmos qu’elles ne regardent plus passer l’Orient-Express… Pour calmer les torticolis qu’entraîne l’observation des TGV, les pauvres en sont réduites à bouffer les psilocybes de leurs pâturages, sont toutes stones, en rumination hallucinée…

    S’il faut vraiment rêver d’Orient, autant revenir à la fabuleuse Shéhérazade qui tenait chaque nuit en haleine son sultan … Ses seuls dons de conteuse étaient-ils vraiment suffisants pour contenir les pulsions de cet affreux bonhomme, assassin de ses successives épouses ? En fait le livre de Mille et une Nuits ne le précise pas, de toute façon elle devait avoir la langue bien pendue.

  • Apparemment Leontine en est complètement loco :
    https://youtu.be/lvuMTujHKtg

    En effet, le bleu nuit a déteint vers un noir outrancier abject. Ça ne fait plus rêver.

  • Train mythique même quand on ne l'a jamais pris! La force du rêve...

    Mythique aussi la célèbre loco Pacific. Arthur Honegger a composé cette pièce détonante à l'époque, Pacific 231:

    http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2014/03/18/pacific-231.html

    (La seconde vidéo, soit le film de Jean Mitry, est superbe. La longue intro avec les bruits et images de gare nous préparent au départ).

    Voici ce que disait le compositeur (extrait):

    "Ce que j'ai cherché dans Pacific, ce n'est pas l'imitation des bruits de la locomotive, mais la traduction d'une impression visuelle et d'une jouissance physique par une construction musicale. Elle part de la contemplation objective : la tranquille respiration de la machine au repos, l'effort du démarrage, puis l'accroissement progressif de la vitesse, pour aboutir à l'état lyrique, au pathétique du train de 300 tonnes, lancé en pleine nuit à 120 à l'heure."

  • Merci, Hommelibre, pour le lien vers votre article, fort intéressant! Pacific 231, cela fait rêver... J'ai clairement pensé, en écrivant, à une loc à vapeur, maintenant je connais son nom! L'eussé-je connu en écrivant... Il faudra que je fasse quelque chose avec cette loc, clairement, "Pacific 231" étant un pur octosyllabe. Bien à vous!

  • Génial! Je me réjouis de vous lire sur cette loco.

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