Nous sommes tous des fous speedés

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If ye cannot bring good news, then don’t bring any (Bob Dylan)

                                                                                                    

Nous sommes tous des fous speedés,

Mais certains le sont moins que d'autres :

Ces fiers et proclamés apôtres

Qui jouent nos destins aux dés

 

Peu m'importe le numérique :

Database, web, cédérom

Je veux Dylan, Rimbaud, du rhum…

De l'air, enfin, et l'Amérique!

 

Foin de débats, je dis : - Assez!

Joignez-vous donc, risibles sages,

A la clique des trépassés

 

Et vous et vos tristes messages…

La pâle clarté de la Toile

Ne vaut scintillement d’étoile…

 

Jacques Davier

Commentaires

  • Speedés aux Archives de l’Etat ? Tudieu, Maître Jacques, vous faut illico rendre votre tablier, quitter ce service de loufs ou vous faire aider… Tenez par exemple en engageant Dame Frieda, qui comme vous aime Rimbaud et est toujours un peu allumée depuis qu’elle a lu les Illuminations…

    Speedés, on l’est tous, à des degrés divers. A la dope, aux amphètes ou à la jolie poudre blanche, à l’alcool - ce vitriol qui ramène l’animal au rang de l’homme dirait Milou -, au sexe, à la toile et aux réseaux sociaux, tout cela à la fois peut-être…. Voyageant souvent en train, avec un bouquin dans les pattes, peux vous assurer que je dois passer pour un pithécanthrope aux yeux de mes voisins, toutes et tous pianotent au pas cadencé le regard fixe sur l’écran de leurs tablettes, speedés à fond la caisse comme le Tgv.

    A propos de Rimbaud, savez-vous qu’il avait répondu sur le tard de sa vie, établi chez les Abyssins, à un visiteur rencontré chez un cordonnier ressemeleur de vent et lui parlant des ses poèmes, qu’il les considérait comme une fumisterie de jeunesse. Rapporté par Edmond de Goncourt dans son journal (paru dans la collection Bouquins). Véridique ? Coquetterie d’auteur ? Plutôt provoc’ bien dans la manière du bonhomme. Autrement de quoi auraient l’air tous les exégètes qui s’esbignent à les commenter, ces fichus poèmes, j’vous dis pas…

  • Oui, Rimbaud a abandonné la littérature, vers 1875, peut-être avant, à la suite du séjour londonien avec Germain Nouveau en 1874, qui sait ? Mais il l’a bel et bien abandonnée, d’un coup, violemment, brutalement, définitivement, sans plus jamais y retourner. Ce fut un geste radical, définitif, qui restera toujours inexpliqué, malgré mille études ! Cet abandon reste un des mystères de la littérature. Rimbaud l’a gardé en lui, pour toujours…
    Certes, on peut émettre des hypothèses, échec de la voyance, voie sans issue et inaboutissement du dérèglement de tous les sens, la découverte que je n’est pas un autre, mais moi, moi ! « Moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan ! » (Une Saison en enfer, « Adieu », 1873), la conscience que la poésie ne changera pas le monde, mais qu’au contraire le poète devra désormais composer avec la réalité, assumer sa vie…
    Mais on ne saura jamais vraiment pourquoi l'homme qui a écrit « J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse » (Les Illuminations) a renié ses poèmes et la poésie, non, on ne le saura jamais.

  • Bonsoir M.Davier,

    Vous me rappelez Raspoutine en plus hirsute :)

    Cela fait un moment que j’avais envie de vous le dire et là hop! Je me suis lancée en espérant ne pas vous avoir froissé.

  • Merci, Patoucha, pour ce commentaire. Non, pas froissé du tout! Bien à Vous!

  • « On ne le saura jamais »

    Sûrement, mais l’explication la plus probante reste que sa veine était tarie, toute son œuvre, assez mince par ailleurs, accomplie en cinq ans, avait mis sa verve à plat. Ce que rapportent les témoignages de ceux qui l’ont rencontré lors de ses pérégrinations. Il a passé à autre chose, il reniera ses poèmes les qualifiant de « rinçures ». Des rinçures « qui ont ébranlé pas mal de choses et qui font rêver les jeunes gens » selon la formule de d’Ormesson.

    Il y aurait tant à dire sur le mythe qui s’est développé déjà de son vivant et dont lui-même s’est désintéressé, on aura l’occasion d’en reparler.

    Bonne soirée, ami rimbaldien archiviste.

  • Merci, oui, c'est bien possible, la source se tarit un jour. Pour en reparler, c'est bien volontiers! Bien à vous, ami rimbaldien.

  • Hors sujet, mais j'en profite pour rapeller à tout le monde de sauver la place du Petit-Saconnex, dernière place de village de la commune de Genève, en votant NON au déclassement de cette zone. La brochure de vote est tout sauf neutre. Non au béton et à l'abattage d'arbres. Merci d'en parler à vos proches!

  • Hors-sujet ? Pas tant que cela, Arthur (l’autre) aimait les arbres, à sa manière, rappelez-vous les premiers vers de « Première Soirée » :

    - Elle était fort déshabillée
    Et de grands arbres indiscrets
    Aux vitres jetaient leur feuillée
    Malinement, tout près, tout près. (…)

  • Allez, j'ose une suggestion.
    Ne pensez-vous pas que tout artiste, créateur, poète, musicien, peintre, danseur, etc. arrive un jour à un âge où la transmission d'un message devient moins pressante ?
    Ne pensez-vous pas qu'une personne qui fait preuve d'une telle sensibilité ne soit capable de réaliser que ce qu'il a à dire n'est pas si important que ça ?
    J'observe que tous les grands que nous avons connus, adorés, écoutés, lus, vus disparaissent un jour, bien avant de mourir.
    Et du coup je m'interroge sur leur besoin urgent et irrésistible de nous faire savoir leur réalité, la partager et je questionne les motivations. Veulent-ils changer le monde ?
    Je pense qu'ils atteignent un jour la sagesse qui leur permet de comprendre qu'on ne change pas le monde. On change soi-même et on voit le monde différemment.
    Rimbaud ne fait pas exception.

  • Rimbaud voulut changer la vie, mais il finit par comprendre que cela n'était pas possible, que ce n'était qu'un rêve : "Il a peut-être des secrets pour changer la vie ? Non, il ne fait qu'en chercher, me répliquais-je." (Une Saison en Enfer, Délires I : Vierge Folle).

  • If ye cannot bring good news, then don’t bring any (Bob Dylan)
    Ne pas s'inquiéter des mauvaises nouvelles, wait and see.
    Les esprits libres rient et dansent d'étoiles en étoiles par delà leurs souffrances en faisant fi du désert glaciale qui les entoure.
    Bonne soirée amis rimbaldien.

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