Poèmes de l'ablation (VI)

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Cycle de poèmes écrits en 1996, lors d'une étape importante de ma vie... (6/6)

VI

 

Je me souviens de ces longs et droits

Rubans d’asphalte dans le désert

Que sont le highways américaines

 

D'Oona dans la voiture endormie

Pendant que la radio jouait Seven bridges road

Et que ma rêverie s’emplit de ciel pur

 

Je me souviens d’avoir parqué le véhicule

Sur une aire d’arrêt d’urgence pour

Photographier un Indien marchant dans le silence

 

Et des incroyables semi-remorques bariolés

Que le ruban déversait en sens inverse

Aux derniers reflets du soleil couchant

 

Je me souviens de la chaleur intense

Dans la Vallée de la Mort l’après-midi

Du radiateur qui nous causa bien du souci

 

De l’horreur électrique de Las Vegas

Où nous fîmes l’amour dans un grand lit

De ses casinos de ses âmes errantes

 

Je me souviens encore d’un saloon

Coincé en plein nulle part et bondé

Au sol recouvert de sciure de bois

 

Et de San Francisco noyée dans la brume

Le soir lorsque nous marchions tous les deux

A la recherche de chaleur et de repos...

 

Jacques Davier (1996, 2019)

 

Lien permanent Catégories : Poe aime! 5 commentaires

Commentaires

  • Encore un à la manière de Georges Perec, c’est très réussi, vraiment, cela vous a un petit air de road movie à la Kerouac, en moins déjanté, plus sage, avec des images qui défilent en fleurant bon dans le souvenir le Wenders de Paris-Texas, avec une pointe douce-amère de l’Easy Rider de Dennis Hopper.
    Me comprendront tous ceux qui ont pratiqué la traversée en empruntant partiellement ou en son entier la mythique N 66, avant son déclassement dans les années 80. Les autres aussi d’ailleurs, mille et une lectures et toiles obligent.

    Votre poème, comme le révélateur radiographique d’antan (bon, maintenant, c’est tout digital), ravive les trésors de notre mémoire profonde, ce n’est pas le moindre de ses mérites, bien le but de toute poésie qui parle à l’âme (poids 21 grammes paraît-il…).

    Par goût personnel, je l’accompagnerais de la musique primesautière du quatuor américain de Dvorak. On laissera à Dame Frieda le choix d’un morceau de rock ou de country music, elle s’y entend à merveille, notre Limmatfrau…

    https://www.youtube.com/watch?v=ExtT_IwQCYo

  • Merci, Gislebert, pour votre commentaire! J'aime bien Dvorak, ce quatuor ou, aussi, la Symphonie du nouveau monde! Ma mémoire, elle, a retenu Seven Bridges Road, de Steve Young, entendu sur place, sur la route... ou bien ailleurs? Bien à vous!

  • En effet, mal de vivre, road movie, Steppenwolf, Dennis Hopper, Kerouac, les excès etc jusqu'à la Californie, la liberté, fin ultime, l'ocean, le surf, longue route glissante ou trop courte parfois ;)
    https://youtu.be/TlppIdtLw5A
    https://youtu.be/9D0fO6mWxeQ
    Bonne soirée.

  • En ce qui me concerne, comme accompagnement à ce génial poème je verrais bien la voiture de Jacques et Oona rouler sur ces routes sans fin au son de "Ain't that too much" de l'irremplaçable Gene Vincent avec sa sensibilté à fleur de peau:

    https://www.youtube.com/watch?v=moQxbrySaS8

    ou alors "Bird Doggin"

    https://www.youtube.com/watch?v=AVQEBQhwKU4

    et juste pour le plaisir écoutez et regardez moi cette version de Baby Blue par Gene et ses Blue Caps:

    https://www.youtube.com/watch?v=OyNbwdONLqw

  • Merci à tous trois! Entre Dvorak, J.J Cale, les Beach Boys et Gene Vincent, il y a de quoi monter une bande-son pour mon petit road moviel!

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