Poèmes de l'ablation (III)

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Cycle de poèmes écrits en 1996, lors d'une étape importante de ma vie... (3/6)

III

  

Aux soirs des roseaux tendres

La vie s’élance folle d’ombres

Sous les cieux où tu bourlinguais

S’assaillent un jaguar et un chat

 

Ici je longe les sentiers d’encens

En mon âme l’image s’incruste

Aimons les épouses volages

Et leurs voilettes pendant le deuil

 

Dans la pénombre je croise un fou

Il cherche le trésor dans les fourrés

Moi je vis de l’air crépusculaire

 

Des alizés poussant les nues

Loin de ces terres sépulcrales

Où mon passé rejoint dans la mort

 

La plainte aurorale du monde...

 

Jacques Davier (1996)

Lien permanent Catégories : Genève, Poe aime! 7 commentaires

Commentaires

  • « Dans la pénombre je croise un fou
    Il cherche le trésor dans les fourrés »

    Etait-ce le fou du poème en prose de Baudelaire, était-ce plutôt votre image par la lune dans l'étang reflétée ?

    Non, je ne vous vois guère coiffé de cornes et de sonnettes, encore qu’avec Oona… Il est vrai qu’elle n’est point de marbre et n’a rien d’une statue hiératique

    (…) Cependant, dans cette jouissance universelle, j’ai aperçu un être affligé.
    Aux pieds d’une colossale Vénus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l’Ennui les obsède, affublé d’un costume éclatant et ridicule, coiffé de cornes et de sonnettes, tout ramassé contre le piédestal, lève des yeux pleins de larmes vers l’immortelle Déesse.
    Et ses yeux disent : — « Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d’amour et d’amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l’immortelle Beauté ! Ah ! Déesse ! ayez pitié de ma tristesse et de mon délire ! »
    Mais l’implacable Vénus regarde au loin je ne sais quoi avec ses yeux de marbre.

    « La plainte aurorale du monde » Belle trouvaille, le vagissement de l’enfant qui naît, pour tous ceux que le jour nouveau n’est pas porteur d’espoir. Me gusta mucho.

  • " pour tous ceux que le jour nouveau n’est pas porteur d’espoir"

    Pour tous ceux POUR QUI le jour nouveau n'est pas porteur etc aurait été préférable, mon robot sans authenticité a eu un bug...

  • Intéressant, Gislebert, ce poème en prose de Baudelaire, merci! La poésie en prose, une piste à suivre, certainement.

  • Intéressant ? Plus que cela, Maître Jacques, on retrouve dans ses poèmes en prose tout Baudelaire. Cette cinquantaine de textes rassemblés et édités après sa mort sous le titre du « Spleen de Paris » sont souvent négligés par rapport à l’œuvre en vers. On y trouve dans une forme moins corsetée le sens de l’observation, le regard sans indulgence, cynique, cruel (« Le Désespoir de la vieille »), la misanthropie du poète, son mal, rongé qu’il est par la syphilis, mais aussi la critique sociale, l’empathie parfois (« Les Veuves », « Le Joujou du pauvre », « Les Yeux des Pauvres » ).

    Les pauvres à Paris aujourd’hui, on les côtoie sans les voir, ils sont devenus transparents, invisibles. Tellement d’apostrophes et de sébiles tendues... Syriens, Roms, Africains, avec les clodos habituels. Réfugiés dans des campements de fortune à l’abri des bretelles d’autoroutes ou carrément à l’entrée des grands magasins le soir venu. La plupart des gens qui passent s’en foutent, il y en a trop, la pléthore, à la fois le tonneau des Danaïdes et le rocher de Sisyphe, cette misère humaine… Qu’écrirait Baudelaire ? « Assommons les Pauvres! »

  • Oui, plus qu'intéressant, Maître Gislebert! je lisais les Petits poèmes en prose lorsque collégien j'étudiais la flore maléfique baudelairienne (j'ai toujours mon édition "Classiques" du Livre de Poche (1972), qui possède un appareil critique fort convenable)! Je ne les ai pas tous lus, et de loin, mais j'en garde un bon souvenir, même si à l'époque je leur préférais les illuminations rimbaldiennes et leur côté "trash" (trop difficiles à étudier en classe, nous dit notre prof de français!). C'est vrai, ces poèmes en prose sont uniques, extraordinaires comme certaines "histoires" d'un certain Poe, pourrais-je dire! Voici : "De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous." (pièce 33 Enivrez-vous, un classique, souvent cité d'ailleurs!). Ou ceci : "[...] et vous troubleriez moins souvent le sommeil de ceux qui ont mis depuis longtemps dans le But, dans le seul vrai but de la détestable vie." (pièce 45 Le tir et le cimetière). Vrai, c'est grand! Bien à vous, JD

  • Bonjour,

    Pour les fous, c' est tout les jours la fête,
    S' il est désespéré de la folie du monde,
    C' est qu' il n' est pas fou!
    Peut être devrait il chercher le trésor en son for intérieur,
    Le trésor c' est lui-même.
    https://images.app.goo.gl/1jc2bLe9EBLSkvuu5

  • Bonsoir,
    Pour les fous c' est tous les jours la fête,
    S' il est désespéré de la folie du monde, c' est qu' il n' est pas fou!
    Peut-être, devrait il chercher le trésor en son for intérieur, le trésor c' est lui lui-même.
    https://images.app.goo.gl/1jc2bLe9EBLSkvuu5

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