Voyelles

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Ce blog étant à moitié en veille, c'est les vacances (!), j'en profite pour y publier des poèmes que j'aime. Après une excursion au XVIIème siècle, je reviens vers des terre connues, en particulier le pays de Rimbe!

Arthur Rimbaud (1854-1891) nous offre ce poème des Voyelles, écrit à peu près à l'époque des lettres dites du Voyant (printemps 1871). Le poème se rattache aux "Poésies", à savoir les poèmes présentant une métrique régulière, avant les "Derniers vers" ou "Vers nouveaux" de 1872, et surtout les fameuses "Illuminations" (1872-?).

Voyelles procède par association entre sons et couleurs, mais je n'en dirai pas plus, l'idée étant que chacun en fasse son miel, le poème étant abondamment expliqué par ailleurs. Je note en particulier le dernier vers, génialissime et l'un des plus beaux de la langue française : "— O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !"

Pour qui s'intéresse à la littérature, j'ajoute que Georges Perec (1936-1982) fit un pastiche des Voyelles dans son incroyable "Disparition", intitulé Vocalisations, et dont le dernier vers donne ceci : "O l'omicron, rayon violin dans son Voir!" Je laisse aux curieux le soin d'enquêter...

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
— O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

 

Arthur Rimbaud

Lien permanent Catégories : Poe aime! 14 commentaires

Commentaires

  • Sur ce coup, on ne peut pas dire que vous vous la soyez cassée, la nénette. Rimbaud et ses Voyellles… Tout cela sent effectivement les vacances, le doux ronronnement dieselique du Bateau Ivre… Remarquez Dame Frieda, rimbaldienne confirmée, elle va adorer, les arcanes de la Voyance et le monde des Illuminations n’ont plus de secrets pour elle…

    Ces Voyelles, combien de lycéens ont dû transpirer dessus dans leurs dissertes, ânonnant ce que leurs aînés ont mastiqué avant eux. Le plus probable : la réminiscence d’un alphabet avec des lettres de couleurs ? Peut-être ou peut-être pas. Un beau canular, exercice de style bien dans la veine de ce garnement d’Arthur. La fulgurance géniale qui jaillit pendant cinq ans, met l’art poétique cul par-dessus tête et qui s’arrête net. A 21 ans, Rimbaud n’écrit plus de poèmes, juste des documents administratifs et des lettres. Mystère que ce silence et cette itinérance pour finir s’enterrer à Harar et y commercer. Abyssinie on disait à l’époque, Harari qui a ri le dernier…
    Peu avant sa mort, il reniera son œuvre poétique en qualifiant cette période de sa vie dans une lettre à Rodolphe Darzens , un poète symboliste un brin oublié, d’énorme fumisterie… Dernier pied de nez. La postérité heureusement ne la pas suivi.

  • Eugène Canseliet, célèbre disciple de Fulcanelli, voyait dans ce poème une ode alchimique, tout comme d'ailleurs l'auteur de ce blog:

    http://hermetisme.over-blog.com/article-le-blason-de-julien-champagne-58743291.html

  • @Gislebert. Je ne me la serais pas cassée, la nénette? Oui et non. Rimbaud, contrairement à ce que vous semblez penser, et qui remonte à (j'imagine) votre collège, tout comme au mien, n'est plus systématiquement étudié. Dès lors, il est devenu un inconnu pour toute une multitude de nos concitoyens. C'est pourquoi je me suis donné pour mission de le (re)faire connaître par le biais de mon blog. Je vois cela comme une action "citoyenne" : promouvoir la bonne, non, pas la bonne, l'excellente poésie! D'autres poèmes, qui vous sembleront archi-connus, suivront.

    Quant à dame Frieda, si elle apprécie mon billet, tant mieux (ce n'est bien sûr pas obligatoire!). Qu'elle sache que son éventuel commentaire sera le bienvenu!
    Bien à vous, JD

  • Bonjour,
    Merci Messire Jacques. Vrai, j'aime beaucoup, et George Perec excellent!

    Oona, l' omega bleue de ses yeux, la fin ultime en soi, l'unique, la muse, aux rayons éclatants or et violet sur le front studieux de Don El Barbudo del Helvetica, puis les sonnets foisonnent et fusent sonnants et trébuchants par delà monts et vallées helvètes, par delà l'espace temps, nous attirant tel le boson de Higgs. Le beau son d' El barbudo et d' Oona, doux frous-frous d'or d'étoiles en étoiles, frisson d'un ange qui passe, passionné !;)

    Jsais pas trop si on est voyant par tant de lumière violine, Messire Gislebert, ptre bien qu' on est plutôt des voyeurs voyous, à reluquer par le trou de la lorgnette les 2 Tortolitos, entrelacs d'O, unis par les lois sacrées du haut O. Gaffe, Greta finirait par y voir par mégarde du Co2 à voir tant d'O, pensez vous! les 2 O d'Oona et son n, ajouté à cela celui de El Barbudo, ça ferait bien du triOxyde de Narbonne. Narbonne étant sur l'autoroute espagnole caniculaire (enfin je crois, pas trop bonne en géo), tout se suit, se tient et s'unit par les eaux, rien ne se perd...un ptit Rainbow, voguant sur le bateau ivre des merveilles, après ce réchauffement climOtique.
    quelle histoire !
    https://youtu.be/p3VgV31vmUE

  • Milady, un petit air de Jimmi dans ce Rainbow là...

    https://www.youtube.com/watch?v=PlvowjI0pv8

  • Dont acte. Ne vous savais pas investi d’une telle mission à la fois pédagogique et civilisatrice, me réjouis de relire bientôt grâce à vous L’Albatros, Le Lac ou, qui sait, la Tapisserie de Notre-Dame. Ne vous taquinerai plus, promis juré, cochon qui s’en dédit. Laisserai la gâche à Dame Frieda qui s’y entend, normal elle connaît la zizique… Portez-vous bien.

    Gâche : travail aisé et bien payé, le moment de profiter Frieda…

  • Messire Gislebert, vos taquineries ne me gênent pas! Quant à ma mission, c'est vrai, c'en est une, et merci pour vos propositions! J'ai commencé à me poser des questions en constatant que, apparemment, fort peu de personnes ont vraiment lu les Voyelles à Genève en 2019. Ou si elles l'ont lu, elles ne s'en souviennent plus, ou n'en ont qu'une vague idée (est-ce imaginable?).

    Cela dit, ma liste pourrait vous surprendre, car je fonctionne par goûts, par affinités, et je n'ambitionne pas d'offrir une anthologie de la poésie (française), il y a Pompidou et bien d'autres pour cela! Lamartine, justement... ne me botte que moyennement. Vous avez déjà vu Marbeuf dans mon blog, et ce sera aussi Laforgue, Mallarmé, Perec ou Toulet, et bien d'autres. Je me réjouis vraiment, c'est mon âme de prof (quatre dans la famille) qui ressort! Bien à vous! JD

  • Au fait, Harari qui a ri, et qui rira, pourrait-on ajouter! Merci pour cette bien innocente taquinerie, Messire Gislebert!

  • Euh, Perec, pas sans les droits! Alors sans doute non, je ne publierai pas de texte de lui, sauf une ou deux citations! Mes excuses, JD
    PS : une petite citation, comme apéritif. Il s'agit de nouveau d'un pastiche de Perec. La cible, cette fois, est le poème Brise Marine, de Mallarmé (ou "Mallarmus"!), renommé Bris Marin : "Las, la chair s'attristait. J'avais lu tous folios / Fuir! Là-bas fuir! J'ai vu titubant l'albatros / D'avoir couru aux flots inconnus, à l'azur!" (La Disparition, Gallimard, L'Imaginaire, p. 118)

  • @Dame Frieda, berlué, sidéré comme deux ronds de serviettes que j’en reste, devant votre verbal délire très mince quasi baroqueuqueux, que dis-je, rococorico, dégoulinant le style pire qu’une église de jésuites, vous babillardez d’or, parole, parole…

    Gaffe à pas trop titiller les bosons quand même, s’ils se barrent de votre LHC cérébelleux par la grande scissure à Sylvius, risquez de vous désagréger en plasma informe et visqueux et vous affaler comme una merdia de vaca sur le plancher led de la Grande Fête à Vevey... Fichtrement dommage pour vous d'abord, puis pour le lectorat et vos groupies (dont je suis)

    @Maître Jacques, z’avez décidément peur de rien, ni de personne. Rappelez-vous Jule Renard :
    « Mallarmé, intraduisible, même en français »

    Bonjour chez vous et bonnes vacances.

  • @Gislebert
    Vous allez rire, mais le voeu de Jules Renard fut exaucé! En effet, les pasticheurs Paul Reboux et Charles Muller publièrent, dans leur troisième série des "A la manière de" (Grasset, 1913, disponible en best of dans les Cahiers Rouges), trois "traductions" de poèmes de Mallarmé! Si je me souviens bien (mon volume est au bureau!), les garnements ont écrit eux-mêmes poèmes et traductions! Bien à vous, JD

  • @Jacques

    Effectivement, si je me souviens bien, cela n'a pas pris une ride, mais je n'arrive pas à mettre la main dessus, ai dû le prêter.... Ne me reste qu'un opuscule édité chez Magnard et destiné aux lycées et collèges, qui ne comporte que des classiques (Racine, Baudelaire, Hugo, Zola et al.).

    Dans le même esprit, il a paru plus récemment (2015) un bouquin de la même veine °Concentré de Best-sellers" de Fioretto et Haudiguet (chez Chiflet & Cie). Les auteurs se foutent gentiment de nos contemporains (d'Ormesson, Jacq, BHL, Musso, Despentes, Pancol... ils sont quatre-vingt à passer à la moulinette. Esprit un peu Fluide glacial et Canard enchaîné.
    Malgré cela, faut reconnaître que cela ne vaut pas l'original, les auteurs traités n'ont pas le calibre des grands classiques.

    Buenas noches.

  • @Gislebert Merci pour l'info! Et bonne nuit également!

  • J'ai étudié "Voyelles" au collège et m'en suis toujours souvenu avec une certaine tendresse. Selon monsieur Davier, je dois donc être l'exception qui confirme la règle à Genève. De nos jours je peux le comprendre.

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