Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage

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Poème de Pierre de Marbeuf (1596-1645)

C'est l'été, tout le monde lit des livres sur la plage ou à la piscine, moi je lis des poèmes dans mon salon! Et c'est avec plaisir que j'offre cette perle à tous les amoureux de la poésie!

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Pierre de Marbeuf

Lien permanent Catégories : Poe aime! 10 commentaires

Commentaires

  • Merci pour ce beau poème. Comme je vous comprends. Si je le pouvais je lirais aussi des poèmes dans mon salon, mais dans 5 mois je le pourrai.

  • Et dans Marbeuf il y a mar "la mer".

  • Hola Messire Jacques,

    Permettez, Marbeuf, il fallait le dégoter celui-là, on ne saurait dire que ses œuvres complètes encombrent les têtes de gondoles dans les rayons Poésie des bonnes librairies … On n’a pas idée non plus de naître après les illustres de la Pléiade, coincé entre Ronsard et Malherbe et les cadors du Siècle d’or de la littérature française … Le style s’en ressent, sa préciosité XVIIe copinant avec la forme ronsardienne… Vous nous livrez son poème le plus connu, dont le titre joue sur l’homonymie de la mer et les allitérations amer-amour. Une chose est sûre, l’était pas heureux en ménage, Marbeuf, la dédicataire n’était pas son épouse… A celle-ci, il a réservé post mortem une épitaphe pas piquée de vers (évidemment) : « Le Misogyne » dont je ne résiste pas à vous livrer la première strophe :

    L’Amour, durant son premier âge, Avec les fers du mariage, Liait mon corps et ma raison. Mais à présent ma femme est morte Et j’ai la clef de cette porte Qui me retenait en prison.

    L’intégralité dans le lien ci-dessous

    Plus loin, il conseille à Pluton qui accueille la défunctée de l’employer en remplacement de Cerbère, l’affreux clébard à trois têtes gardien des Enfers. Elle devait vraiment lui en faire voir, pour danser ainsi la carmagnole avant l’heure sur son cercueil…Son ode vengeresse me rappelle – j’ai mauvais esprit - un aphorisme d’un chansonnier moderne, Pierre Doris :

    « Ah ! ma femme, si vous saviez, c’est un ange ! – Félicitations ! La mienne est encore en vie. »

    Arrêtons là les piques misogynes, Dame Frieda pourrait, dans un accès furieux de misandrie, me crucifier d’une tirade justicière ou pire encore m’envoyer la patrouille des Femen…Retenons plutôt de Marbeuf ces quelques vers d’une épigramme de quatre vers, avec le trait moqueur de la chute :

    Consolation sur la mort du perroquet de Mademoiselle D.


    Ne pleurez plus pour votre perroquet,
    Puisqu'il est mort vos pleurs sont inutiles,
    La pauvre bête a laissé son caquet
    Par testament à l'une de vos filles.

    Bon satiriste aussi, Marbeuf. Pardonnez ma longueur.

    http://dozitheatre.over-blog.fr/2016/12/le-misogyne.html

  • Semble bien que mon commentaire de ce matin se soit perdu dans les limbes... Pas grave, jamais que des mots. Words, words, words...

  • @Arthur
    Merci pour vos commentaires, j'apprécie! Bien à vous, JD

  • @Gislebert
    Rassurez-vous, votre excellent commentaire ne s'est pas perdu! C'est moi qui ai tardé à le publier, toutes mes excuses! En tout cas, vous connaissez Marbeuf, et la poésie en général, sur le bout des doigts. C'est toujours un plaisir de vous lire, et d'apprendre quelque chose. Merci! Bien à vous! JD

  • @Gislebert Et il y a aussi les assonances et les répétitions! Et sa métrique parfaite. Ce poème, découvert en ligne il y a des années et jamais oublié, me semble avoir sauté deux siècles pour atterrir en plein romantisme. Dès le début de mon blog j'ai eu l'idée de le publier! JD

  • Oui, je comprends votre sentiment qui, à mon humble avis, tient à la forme sonnet du poème. A l’époque de Marbeuf, le sonnet est encore une invention relativement neuve en France. Importé d’Italie, adapté par Maurice Scève des vers de Pétrarque et introduit par Clément Marot, c’est surtout Ronsard et ses amis de la Pléiade qui vont lui conférer ses lettres de noblesse (2 quatrains, 2 tercets, les rimes et codes …) mettant en valeur dans le même temps l’alexandrin, spécialité frenchie s’il en est.

    Le sonnet va être abandonné à la fin du XVIIe et pendant le XVIIIe (qui ne fut pas un grand siècle pour la poésie française, à part Chénier qui versifia à en perdre la tête) pour réémerger au XIXe, redécouvert, si l’on veut, par les Romantiques. Bon, je simplifie et schématise. Le texte de Marbeuf n’est pas daté, c’est sûr, c’est d’ailleurs le propre de la poésie : traduisez en français moderne les ballades de Villon, vous aurez les plus beaux poèmes qui soient….

    A l’aveugle, sans savoir qu’il est de Marbeuf, j’aurais séché, ne sachant où le placer, je l’aurais attribué à Malherbe ou l’un ses épigones (Mainard, Racan…). Mais pas à un poète romantique, le style est trop policé, précieux, un peu distant, mesuré, classique quoi… un Romantique clamerait sa douleur, son désespoir, son lyrisme dans l’exaltation de ses sentiments personnels. Mais vous avez raison, le poème est étonnement moderne. C’est un autre privilège de la poésie, elle permet de gloser, tout le monde peut déconner à loisir, tout le monde il est gentil, tout le monde il a raison.

  • Merci beaucoup M. Davier,

    J'apprécie aussi énormément votre excellent blog, surtout dans ce monde où d'aucuns (de plus en plus nombreux) pensent que la poésie ne sert à rien du moment qu'elle ne rapporte pas d'argent.

    A mon tour, je me permets de vous citer le début d'un poème du "Barde du Yukon," Robert W. Service, un écossais d'origine (encore relativement peu connu chez nous) qui partit vivre là-bas. "La Crémation de Sam McGee", tel est le titre du poème, rappelle l'univers impitoyable de "Croc Blanc" et me donne toujours un sentiment qui mêle la fascination au frisson. Imaginez-vous dans ce pays merveilleux et effrayant où la nature ne fait de cadeau à personne et surtout pas aux hommes. Le Voici, mais vous le connaissez probablement déjà:

    The Cremation of Sam McGee
    By Robert W. Service

    There are strange things done in the midnight sun
    By the men who moil for gold;
    The Arctic trails have their secret tales
    That would make your blood run cold;
    The Northern Lights have seen queer sights,
    But the queerest they ever did see
    Was that night on the marge of Lake Lebarge
    I cremated Sam McGee.

  • "Ah Eros! N'empêche, comme disait le plus grand poète philosophe moderne ;) L'amour pour qui? L'amour pourquoi? Pierre de Marbeuf, je vais lancer un pavé dans la marre, pardon mais c'est peanuts face aux Souffrances du jeune Jul, quand Marbeuf se noie, Jul nage. (Pour vous, ces quelques vers côtoyant les cieux, qui font verdir de jalousie les troubadours, knock out, one shot, et tomber en pâmoison les gentes dames, jsuis d'humeur rieuse pas furieuse, Messire Gislebert ;)) Ma jolie, dis-moi que tu m'aimes à la folie Les yeux d'Angelina Jolie, mental Sandra Paoli Ma jolie, dis-moi que tu m'aimes à la folie Les yeux d'Angelina Jolie, mental Sandra Paoli Ma jolie elle rend fou les hommes quand elle passe dans la zone J'ai encore sa voix qui résonne, qu'est-ce qu'elle est belle ma jolie À personne elle ressemble, en plus j'aime bien son caractère J'ai des sentiments il me semble, mais j'lui dis pas, je suis trop ter-ter Je l'aime bien cette girl, je crois bien que c'est mon coup de cœur Elle se plaint que j'reste au secteur, pour moi elle a peur Franchement t'es jolie, et ce boule qui met dans l'insomnie J'pense souvent à toi quand j'm'ennuie Et toi t'es comment sans moi? J'vois que tu me parles plus, dis-moi qu'est-ce qui se passe là? Qu'est-ce qui t'as déplu? Et qu'est-ce que tu veux que j'y fasse, moi? Quand j'la calcule pas elle fait pareil, ma jolie elle attend que je serre Ma jolie, elle fait des dégâts (des dégâts) Elle m'aime fort, elle s'en fout des gars (fout des gars) Elle me fait sourire à chaque fois qu'elle me voit souffrir Quand elle me fait la tête j'vois mon cœur s'ouvrir On se fait des bisous, on se fait des gâtés Sa peau toute douce, elle me fait craquer Mate-moi, celle qui me tourne autour, ça fait longtemps Laisse tomber j'suis avec ma jolie J'ne vois même plus passer le temps Quand j'vais la voir j'suis en Asics, en Kalenji Là, j'crois bien que j'vais rester avec elle jusqu'à lundi Ma jolie, j'lui fais tester mon bolide Dans ma folie, j'lui fais tester mon brolique Et j'm'affole-fole-fole Faut que j'reste zen-zen-zen C'est ma drogue, j'la picole-cole-cole Elle me donne des ailes-ailes-ailes Ma jolie, faut que j'reste solide Ma jolie, dis-moi que tu m'aimes à la folie Les yeux d'Angelina Jolie, mental Sandra Paoli Quand je la vois j'suis plus là J'ai mis les voiles, j'ai pris le large Dans le bonheur je nage Avec ma jolie je prends de l'âge Ma jolie"

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