RFFA, une réforme traîtresse!

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Vous y allez un peu fort, me direz-vous! Que nenni! La classe moyenne, qui fournit l'essentiel des contribuables de ce pays, devra certainement passer à la caisse! Dès lors, comment ne pas admettre que cette classe moyenne a été trahie par le projet RFFA? Projet qu'elle a, ironie du sort, accepté en votation! Passer de 24% à 14% pour les entreprises suisses (exemple genevois), alors que celles à statut, très minoritaires, ne "montent" que de 4 %, c'est de facto transférer le manque à gagner de l'impôt (10 %) sur les personne physiques. Qui, elles, soit dit en passant, restent à 25%.

Je m'étonne d'ailleurs que personne ne se soit posé la question de ce transfert, du moins dans nos médias, mais il est vrai qu'ils ont tous servi la soupe au gouvernement, et cela n'aurait certes pas été vendeur. Ah, oui! La doxa officielle certifie que cette baisse d'impôt sera miraculeusement compensée par divers et complexes vases communicants! Mais alors, pourquoi donc Obwald songe-t-il justement à augmenter les impôts des personnes physiques en invoquant le manque à gagner de RFFA? Le miracle des compensations ne devrait-il pas se produire aussi en Unterwald? C'est plutôt que nos compatriotes de Suisse centrale, clairvoyants, ont pensé que les vases se videraient chacun de son côté et, du coup, ne communiqueraient pas tant que ça, voire pas du tout. Ils ont alors décidé d'aller chercher l'argent là où il est, à savoir dans les poches des citoyens! Or, ce qui risque de se passer à Sarnen pourrait tôt ou tard se passer à Genève!

On a justifié cette baisse, ce cadeau plutôt, par les inévitables et inénarrables ... créations d'emplois! Or, j'affirme que pas un seul emploi ne sera créé du fait de la baisse d'impôt, ou, pour le dire autrement, que les emplois qui seront créés à 14% sont ceux qui l'auraient de toute façon été à 24%, car ce sont les carnets de commande qui dictent les créations d'emplois, et non l'impôt. L'argent ainsi économisé ira dans les poches des bénéficiaires du cadeau, alors que les communes et les cantons, qui en auraient cruellement eu besoin, ne pourront que crier misère. Avant de se résoudre à adopter l'idée du canton d'Obwald? Et, si on ne monte pas l'impôt, on fera des économies, quoiqu'ils en soit les Suisses seront perdants.

Bref, une réforme qui trahit, oui, la majorité de la population suisse, cette classe moyenne contribuable que le gouvernement a clairement laissé tomber! Et que cette majorité de la population n'ait pas flairé le piège le week-end dernier, qu'elle ait voté pour cette entourloupe (le paquet RFFA plus AVS), alors qu'elle a clairement refusé RIEIII il y a deux ans, voilà qui laisse songeur! Les Suisses se sont-ils ramollis? Ils ont plus probablement été appâtés par la partie AVS du paquet, sans penser qu'ils ont plus perdu en acceptant RFFA qu'ils n'auraient perdu en refusant l'AVS.

Lien permanent Catégories : Air du temps, Humeur, Politique 9 commentaires

Commentaires

  • Hélas! Vous avez raison.
    Ce qui n'a pas empêché les gens d'Obwald d'accepter ce curieux mélange.

  • Yaka faucon. La Suisse ne peut jouer contre les gros. On somme la Suisse de mettre fin au secret bancaire, elle ne peut qu'obtempérer. On somme la Suisse de cesser de jouer au dumping fiscal, elle ne peut faire autrement qu'obtempérer à nouveau. Vous trouvez admissible de taxer les multinationales vers 5% et les entreprises locales vers 30% ? C'est défendable ? Non.
    Cette RFFA est un compromis entre gauche et droite et donc a une drôle de gueule. Mais dites-nous un peu ce que vous proposeriez et QUI SERAIT ADMIS PAR LES AUTRES ?

  • Géo, l’alternative acceptable pour les autres aurait été de taxer tout le monde comme avant, soit pour Genève à 24.5%. Et du coup de voir partir les multinationales visées. Mais ce n’est pas grave, n’est-ce pas, nous dirait la gauche, ce sont des pilleurs du tiers monde, des pollueurs et des mangeurs de petits enfants, leur argent sale nous n’en voulons pas. Nous serions certes appauvris, pour une bonne part au chômage, et nos impôts prendraient l’ascenseur (bien plus qu’avec la RAAF) en raison du départ de cette manne fiscale, car il faudra bien continuer à financer la fonction publique gargantuesque que nous nous sommes constitués, et dont le poids est malheureusement incompressible à vue humaine. Nous serions pauvres, mais Saints !

    Que n’avons-nous voté NON, pour nous diriger ensemble le coeur léger et les poches vide vers l’avenir radieux et libre des lendemains qui chantent!

  • En effet, je suis favorable à ce que tout le monde soit taxé au même taux, soit 24% et quelques. Il n'y a aucune raison, surtout éthique et morale, d'accorder des privilèges, qui sont choses détestables d'Ancien Régime, et non choses démocratiques. Certaines entreprises à statut s'en iront? Ouf, grand bien leur fasse, et bon débarras! C'est qu'elles n'avaient rien à faire ici, car j'accueille volontiers des gens chez moi, en tant que Genevois, mais il faut tout de même qu'ils m'apprécient un minimum pour ce que je suis, qu'ils ne viennent pas que pour le fric! En plus, moins de multinationales, c'est moins de pression sur les infrastructures (logement, routes, crèches, canalisations, etc.), donc moins besoin d'argent et moins besoin d'impôts. Et puis, elles enlaidissent Genève, et, c'est vrai, sont-elles toutes clean? Cette concurrence fiscale qui est en train de s'installer entre cantons est une plaie et une malédiction pour la Suisse, tout ce qui l'empêchera aura mon aval, y compris le départ de Suisse des entreprises qui font l'objet de ladite concurrence, la rendant ainsi caduque! Ma Suisse n'est pas la Suisse de RFFA! Si on stoppe notre fuite en avant inconsidérée dans la folie du surdéveloppement et de l'américanisation (CEVA, PAV, Cornavin, quartiers de logements moches et sans âme destructeurs de cadres de vie), on aura besoin de bien moins d'argent, et on sera plus heureux, je vous l'assure, ce qui fera aussi des économies en matière de santé! JD

  • Le commentaire de Jacques Davier ci-dessus est l'exacte illustration du délire que je pointe dans le mien, à savoir prétendre que y'en a point comme nous et que nous n'avons pas besoin des étrangers (sauf éventuellement s'ils sont pauvres et peuvent vivre de nos subsides). Ces gens visent à transformer Genève en friche industrielle et commerciale, à l'instar de ce qu'est devenue Detroit après la décroissance qu'elle a connue.

  • Géo@
    Yaka faucons ? Mais les vrais sont encore trop nombreux, comme l’écrivait ailleurs un internaute.

    Avec cette formule, on est encore chez Queneau, il ne l’aurait pas désavouée. Mort trop tôt (1976) pour connaître la caste, il se serait régalé avec les commentaires des péremptoires qui fleurissent sur la toile, lui qui écrivait déjà qu’ « Il y a toujours des gens qui trouvent quelque chose à ne rien dire. ».

    N’appartenant à aucune chapelle, à part l’Académie Goncourt, il disait de lui : "Je suis inculte parce que je n'en pratique aucun, et insecte parce que je me méfie de toutes ". Les pisse-froids et les mômiers du monde littéraire l’ont considéré comme un farceur, pourtant son credo vaut bien les leurs, qui affirmait : “L'humour est une tentative pour décaper les grands sentiments de leur connerie.”

    Un dernier aphorisme pour vous Géo, qui vous faites (mal)traiter ailleurs de vieillard en plein naufrage :

    « La vie. Un rien l'amène, un rien l'anime, un rien la mine, un rien l'emmène. »

  • @Gislebert
    Merci pour ce petit florilège Queneau, qui est un auteur, vous l'aurez remarqué, que j'aime beaucoup! JD

  • "Géo, qui vous faites (mal)traiter ailleurs de vieillard en plein naufrage "
    Vous avez bien tort d'accorder de l'importance à ces insignifiants.
    Personnellement, être insulté par ces gens me convient très bien. C'est un plaisir de gourmet, comme le disait Courteline...

  • @OLevasseur
    Manifestement, vous m'avez mal lu. Les "délires" que vous m'attribuez ne sont pas les miens! Car je n'ai jamais prétendu qu'il n'y en a point comme nous, ni que nous n'avons pas besoin des étrangers, sauf s'ils sont pauvres et qu'ils peuvent alors toucher nos subsides! Je ne rejette pas les multinationales, elles sont tout à fait les bienvenues, pour autant qu'elles acceptent un taux d'imposition équivalent à celui des entreprises domestiques (taux actuel de 24%). Quant à Détroit, cette ville qui pratiquait la monoculture industrielle, à savoir l'automobile (Motor City), elle n'est en aucun cas comparable à Genève, qui possède une économie un tantinet plus diversifiée. JD

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