A toi, ma belle langage !

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Je t'en prie, dis-moi si je peux encore aimer la langage, si par elle je serai sauvé...

Oh ! Dis-moi tout de la langage ! Je veux tout savoir d’elle, d’où elle vient, comment elle a vécu, qui elle a aimé ! Oui ! Surtout cela ! Qui elle a aimé ! Et pourquoi, et depuis quand ! Oh ! Qu’elle est belle dans mon souvenir, cette langage-là ! Qu’elle est belle, et aimante, et aimée ! Oh ! Di-moi tout, oui, dis-moi vraiment tout d’elle !

Ma collectivité lubrique, quand réaliseras-tu ton mandat ? Constitutionnel, qui plus est ? Consistant à, qui plus est encore, pourvoir la femme, pourvoir l'homme, au nom de l’égalité, du droit et du fait. Amen ! La langage, écrite, parlée, et tuttiquanti, les beaux outils, les outils, oh ! tout pour l’égalité ! Tant va l’accès qu’il s’égalise ! Taïaut ! Taïaut ! Taïaut ! C’est pourquoi les textes égalitaires, ma langage, sont les tiens maintenant, de ton ressort, strictement de toi et par toi et pour toi émanéséminés des législatives adminsitrations cantominables ! Tes sentences seront toutes rédigurgitées horrigalitairement !

Il est difficile de changer les habitud tiret e tiret s langagières et langagiers, de bousculer des coutum tiret e tiret s (les costumes soyeuses et les coutumes seyants s’écument les un tiret e tiret s les autres, et tes yeux bien vus et vivants avant que tu voies et que ta voix dévie des voies dévoie des vies bien ancrées, et les langages et les tangages des lents gages et des images tant bien versé tiret e tiret s).

Les stéréotypes perdurent ! A-t-on pu, oui, pu, à son insu et à gré contraire discoursexé la population ?

Oh ! Ma belle langage, je veux savoir tout de toi ! Donne-moi la clé de ton secret ! Dis-moi tout de toi ! Avant, oui, avant le terrible tonnerre, et l’éclair, et les tremblements des cieux, et tout le tralala qui a suivi, ma belle, et toi où étais-tu, où donc ? On nous a répété si souvent et en toute circonstance que le masculin n’était plus générique, ni universel, que nous oublions facilement que les temps étaient venus où toi, ma belle langage, tu t’étais tue, tu étais cachée et lointaine et perdue pour nous, oh, perdue et en allée, ma langage lumineuse et apaisante, et resplendie dans le ciel protecteur !

Vison, hermine, belette, putois, ô monde, dans tes secrets je fais intrusion…

La société a changé, les femmes ont conquis les mêmes droits que toi, ma langage, et les hommes, oui, eux ! Les hommes sont tels que toi, ma bien aimée, tu dois en rendre compte aussi. Il faut que chaques unes et chaques uns se reconnaissent dans toutes les textes administratives ou législatives, en employant une affryntaxe et une grammoche abstinentes, et épicénées sans cesse car elles se dresseront aussi bien au-dessus des femmes qu’au-dessus des hommes ! Or, le comment dire ne pouvait signifier que le ton de la lettre malfaisante, acte de candide rature…

Mammal species of the world, publié en 2005 à Baltimore, reconnaît cinq mille quatre cent seize espèces de mammifères, dont l’homme.

Comment faire? Direz-vous, oui, me direz-vous, découragés par l’abondance de tirets que vous avez dû mettre pour féminiser un jour, oh, le mal était pi ! Un texte rédigé préalablement au masculin ! Comment rester élégant tiret e ? Non, ne pas tomber dans le barbarisme ! Barbare isthme ! Est-il possible, ma langage, de respecter la grammorrible ? Ma mamme vermeille ! Se nourrir à ton sein dispendieux ! Tout en ayant une grammicène? C’est pour répondre à ces questions et à toutes celles que vous vous posez que nous avons décidé de faire, autant que la langage se peut, notre guide, oui, tout savoir et comment et les noms de métiers, les titres et les fonctions ! Les mots mutants et les sons barbares divaguant s’étirant qui par-ci qui par-là, e muets tirets suffixes, en publiant notre belle guide fémisculine au bel effet : L’ontologie non discriminatoire d’épiphénoménologie linguistique en matière de sexualité infraparadigmatique appliquée aux us et coutumes dans la langage des administration tiret ne tiret s, ou guide de fémisculinisation des noms de métiers (Genève, capitale de partout, tout le temps, des pages et des pages qui recommencent sans cesse…).

Linné, dans la dixième édition de son Systema naturae en 1758, classifiait les espèces. Je suis un genre de variable sexe… ô Ciel rédempteur, prends pitié, pardonne ma sauvagerie…

Les mots mutants ! Les mots mutants ! Aujourd’hui ! Après ! Nous faisons ! Une nouvelle fois ! Oeuvre pionnière ! Viens, mon être humain, je t’aime mon êtresse humaine, j’aime l’aide à la rédaction administrative et législative épicière, oh oui, j’aime cela, mon humain être, je gommerai ton sexe le plus loin possible, le plus loin où je pourrai aller pour annihiler le sexe, j’irai ! Nihil, nihil, nihil chienlit !

Rimbaud écrivit les Illuminations, mais ne les publia pas. Ô Rumeurs et Visions ! Départ dans l'affection et le bruit neufs!¹ Un couple de jeunesse s'isole sur l'arche, - Est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ? - Et chante et se poste.²

A toi, ma belle langage, je dédie les litanies de mes amours, par ta grâce je serai sauvé, et vivrai dans la vérité et dans la lumière pour les siècles des siècles…

 

Notes

¹Arthur Rimbaud, « Départ », in Les Illuminations.

²Arthur Rimbaud, « Mouvement », in Les Illuminations.

 

Jacques Davier

Commentaires

  • :-D :-D!
    Vous vous êtes fait plaisir.

    Dense (et danse) exercice auquel vous vous livrez, une sorte de festin lingo-palpatoire qui fleure (au fusil) un zeste de parfum dadaïste. Je crois voir tout le charme de l'épicière androgyne chez qui j'achète mes carottes rondes (non phalliques).
    :-)

    Bonne journée.

  • Merci, Hommelibre, pour votre commentaire ;-) J'apprécie ! Je vois mon blog aussi comme un laboratoire.

    Bonne journée à vous également!

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