Le vol des lettres (4ème partie)

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4. Le vol des lettres

 

Delechut mit en œuvre le projet de Louis Jules, en vue de quoi il lut, pour viser le top du top, l’œuvre entier de Perec (soyons fous !), écrivit Belles présentes en chemin, et s’en fut enlever l’horrible voyelle. Il eut un énorme succès ! Toutes les lettres envolées de tous les textes où elles furent mises ! Dérobées des mots et des lignes, des vers et des strophes, toutes les belles-lettres, les lettres policières, les lettres dessinées, les lettres scientifiques (ici, ce ne fut point perte, et ce fut des fois un plus), même les lettres cuisinières, bouleversées ! D’un coup, une lettre d’une petite Gertrude pour Chère Mémé, écrite de Verbier, sous neige continuelle, pour Noël, devint incompréhensible… De même, les proses du Conseil de commune de Genève, consignées en ses Mémoires, de coutume fort réputées, sombrèrent en l’obscur et l’insensé… Pire encore, tous les poèmes de Rimbe furent privés de leur noire voyelle ! Folie, folie et misère sur le monde, en tous ses lieux et en tous ses temps…

Delechut couvrit son butin en lieu sûr, et s’en fut en ville de Berne prendre le direct pour Genève, où il eut vent de devoir conférer en une petite bibliothèque de zone, sur son métier précédent, privé (imper choc et feutre chic).

Frédégonde Elise se mit en route vers le logis de ses complices du Club des Scribes en folie d’Olten, pour leur dire l’heureux dénouement de leur noire entreprise. Ici, point de bourre-mou ou de boniment ; le jeu est direct, le mot limpide, et le geste impérieux ! Le Club, heureux de ces nouvelles, hurle de joie et se réjouit de voir, courtesy of Delechut et son vol, chuté l’ennemi de toujours, cette droitière Société des gens de Lettres (hé, hé, hé) si honnie.

Tout d’un coup, impulsivement, quelques-uns d’entre eux, une petite meute, foncèrent vers Berne, descendirent en fosse où vivent ours pour un event sur le pouce, et, vêtus Knie style, debout sur le dos des bêtes étonnées, ils hurlèrent :

« Dispersée, votre lettre primitive chérie, votre inutile voyelle ! Vous ne fomenterez plus vos coups contre Justice, Vérité et Futur Illuminé ! Vivent les jours divins du Monde Neuf de Lénine, celui qu’en secret nous voulûmes de nos vœux un si long temps que nous en eûmes les cheveux gris !

Envolée cette voyelle, plus d’horribles chemises noires linguistiques contenues en vos ignobles discours, perfides cerbères de l’extrême droite ! Finies, les tromperies du peuple ! Enterrées, les funestes logorrhées lepénesques et blochériennes ! Déconfits, les ignobles scribouilleurs freisingériens ou windischiens ! Nihilisés, les discours bruns ! Nous, les scribes de l’essor entonnons enfin l’hymne des futurs qui pépient !

Voici que l’écriture du réel communiste est victorieuse ! Sublime révolution !! »

Puis les ours les boulottèrent.

(A suivre)

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